Les marchés européen et chinois sont très différents. Alors que la Chine se concentre principalement sur la construction de nouvelles infrastructures, l'Europe dispose déjà d'une infrastructure haut débit robuste. L'Europe présente également des défis ; cependant, les consommateurs européens ont de nombreuses options et rien ne les incite à passer rapidement à la fibre. Cela pourrait impacter l'adoption à court terme. Toutefois, à long terme, il n'y a pas de problème. La large disponibilité du haut débit en Europe (quelle que soit la technologie) signifie que les utilisateurs finaux s'y habituent.
Cela crée une demande accrue de bande passante plus élevée et d'une meilleure qualité d'expérience, et accélère la transition vers la fibre.
Le gouvernement chinois soutient fermement la fibre. Très récemment, la Chine a annoncé un plan d'investissement de 326 milliards de dollars dans l'infrastructure haut débit dans le cadre de son douzième plan quinquennal. Jusqu'à présent, aucun investissement similaire n'a été réalisé en Europe.
Pouvez-vous identifier les facteurs clés de l'adoption de la fibre optique en Europe ? En quoi diffèrent-ils de ceux observés ailleurs ?
Les applications sont un moteur essentiel du déploiement. Lorsque les utilisateurs découvrent de nouvelles applications exploitant les débits les plus élevés disponibles, ils constatent les limites de leurs connexions actuelles et la demande augmente. C'est comparable à l'achat d'ordinateurs. Une machine neuve peut fonctionner parfaitement au début, mais chaque mise à jour logicielle nécessite un processeur plus puissant. L'ordinateur devient inévitablement plus lent et, quelques années plus tard, il est obsolète. Le principe est similaire pour le haut débit. On peut penser disposer d'un accès internet rapide, mais l'apparition d'applications plus avancées fait apparaître des limitations. La fibre optique est la seule solution pérenne.
Le sans-fil est un autre facteur déterminant du déploiement de la fibre jusqu'au domicile (FTTH). Si l'on considère le trafic des smartphones, 90 % des téléchargements s'effectuent via des réseaux fixes. En effet, si vous téléchargez un journal en allant au travail via une connexion mobile, vous ne l'aurez sur votre téléphone qu'une fois arrivé au bureau. En revanche, si vous le téléchargez chez vous, vous pouvez le lire pendant votre trajet. Le téléchargement de vidéos ou de programmes d'actualités en mobilité est souvent source de frustration dans de nombreuses régions.
Ces difficultés sont globalement similaires, mais les marchés y répondent différemment selon la législation, le nombre d'opérateurs, la concurrence, les infrastructures, etc. Dans tous les cas, les opérateurs doivent déployer la fibre optique pour attirer de nouveaux clients et fidéliser les clients existants.
Quel est, selon vous, le rôle des législateurs européens pour stimuler le déploiement du haut débit ? Comment peuvent-ils y contribuer par leurs actions ?
Les régulateurs doivent trouver des moyens d'accroître la concurrence et d'encourager l'investissement. Jusqu'à présent, leur attention s'est principalement portée sur la concurrence, parfois au point de freiner l'investissement. Les gouvernements et les régulateurs doivent prendre conscience de l'importance de fournir un accès au haut débit à tous les Européens et de la nécessité d'investissements plus attractifs. C'est essentiel pour le secteur des télécommunications, qui soutient d'autres secteurs économiques. Les gouvernements doivent investir et éviter une attitude trop conservatrice. De plus, notre secteur doit définir des objectifs fondés sur la Vision 2020 de l'UE, puis déterminer comment fournir ces services par le biais d'investissements progressifs. Après tout, en période de crise, il faut investir et non cesser de dépenser. Le haut débit contribue à la prospérité des économies et peut accélérer la sortie de crise. Une infrastructure performante peut stimuler la création d'entreprises locales, permettre de réaliser des économies sur le logement ou les transports et faciliter les échanges commerciaux à l'échelle mondiale. Les télécommunications devraient être une priorité à long terme, au même titre que la santé.
Comment voyez-vous l'avenir de la fibre optique en Europe ?
Le déploiement de la fibre n'a pas rencontré le succès escompté, et ce pour plusieurs raisons. Les discussions réglementaires sont toujours en cours et le nombre d'opérateurs est considérable par rapport à d'autres régions, ce qui complexifie le marché. Cependant, malgré la lenteur générale du déploiement de la fibre en Europe, nous observons plusieurs évolutions intéressantes. La fibre se rapproche des utilisateurs finaux. Si l'accès au FTTH (Fiber To Home) ne sera pas généralisé à court terme, les consommateurs bénéficient d'une bande passante de plus en plus élevée et, constatant les avantages, ils commenceront à réclamer le FTTH. La prochaine étape sera un déploiement de la fibre beaucoup plus rapide en Europe.
Bien que le déploiement de la fibre dans chaque foyer prenne du temps, les opérateurs disposent désormais des outils nécessaires pour améliorer la vitesse et la fiabilité, ainsi que pour étaler leurs investissements sur plusieurs phases. Ils peuvent déployer la fibre jusqu'aux bâtiments et utiliser une autre technologie sur les cent derniers mètres, voire moins, qui pourra être remplacée ultérieurement. Cela rend les investissements plus attractifs dans les zones où l'accès à la fibre jusqu'au domicile s'avérait difficile.
Quel rôle joue la fibre jusqu'au domicile (FTTH) dans vos stratégies de marché futures ?
L'objectif constant d'Alcatel-Lucent est d'offrir de meilleurs services aux opérateurs à moindre coût. Pour moi, la FTTH est l'objectif ultime. Je suis convaincu que si les investissements n'étaient pas un obstacle, la fibre serait déjà accessible à tous. Sachant que l'avenir est à la fibre, mais compte tenu des ressources limitées des opérateurs, les investissements doivent être utilisés avec la plus grande efficacité possible. Les opérateurs peuvent ainsi proposer des niveaux de service précisément définis au plus grand nombre. Ils pourraient commencer par offrir 100 Mbits/s à 80 % de leurs abonnés grâce à une combinaison de technologies fibre, puis migrer l'ensemble de leur réseau vers la FTTH. Nous pouvons les accompagner dans cette transition.
La technologie d'Alcatel-Lucent contribue à la construction du premier réseau 4G LTE de Telefónica Espagne. Quelle sera l'évolution de la fibre optique et du mobile dans les années à venir ?
Alcatel-Lucent s'attache à combiner le très haut débit fixe et mobile pour offrir les meilleurs services possibles. Du point de vue des opérateurs, il existe de nombreuses façons de combiner la 4G et la fibre jusqu'au domicile (FTTH) de manière rentable. Les opérateurs ne raisonnent plus exclusivement en termes de fixe et de mobile ; ils perçoivent l'offre groupée des deux et reconnaissent les avantages considérables qu'elle offre aux clients. En Espagne, par exemple, Telefónica a récemment lancé une offre convergente fixe-mobile, dont la fibre jusqu'au domicile fait partie. La croissance du nombre d'abonnés ces derniers mois a été spectaculaire. Les trois principaux opérateurs espagnols – Telefónica, Orange et Vodafone – commencent à déployer la LTE et investissent également dans la fibre optique.
Avec le déploiement croissant de la fibre, celle-ci est de plus en plus utilisée dans le réseau de liaison pour les déploiements de petites cellules. Des réseaux fixes sont indispensables à l'efficacité des réseaux sans fil. Aux États-Unis, le nombre croissant d'utilisateurs LTE exige une capacité de réseau sans fil accrue. Pour y répondre, un grand nombre de petites cellules sont déployées dans les centres commerciaux, les stades, les centres-villes, les parcs d'activités, les zones industrielles, lors d'événements, etc. Nous sommes convaincus que ce déploiement de petites cellules donnera un coup de pouce essentiel au FTTH. Ces deux technologies ne sont pas concurrentes, mais complémentaires.
Source : FTTH Council, septembre 2013
